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On n’avait pas vu cela depuis le morceau Doo Wop (That Thing) de Lauryn Hill en 1998 : Cardi  B est grâce à son hit Bodak Yellow la rappeuse à avoir duré le plus longtemps au Billboard Hot 100 sans featuring. Certes ce n’est pas la meilleure rappeuse de l’histoire, loin de là, et elle a encore toutes ses preuves à faire. Pour autant, l’ancienne star du show Love & Hip-Hop a relancé aux Etats-Unis le débat sur la place des femmes dans le rap.

➡️ Le rap, une industrie réservée aux hommes?

On a souvent l’impression que l’industrie du rap est réservée aux hommes, que ce soit aux Etats-Unis ou en France, mais les femmes ont toujours trouvé un moyen de s’imposer. Qu’on veuille ou non l’admettre, les femmes jouent un rôle essentiel dans le hip-hop et ce depuis sa création. Il est assez commun pour un rappeur de raconter différentes histoires sur son quartier, sur ses croyances et bien sûr sur les femmes. Ce sont des légendes comme Queen Latifah, Mc Lyte ou encore Salt N’ Peppa qui ont donnés à la culture des hymnes féministes comme U.N.I.T.Y et qui ont pu ouvrir les portes aux femmes. Bien que les femmes n’aient pas toujours dominé l’industrie du rap, de nombreux épisodes montrent que l’objectif n’est pas inaccessible pour autant.

Ainsi en 1995, Queen Latifah remporte un Grammy en tant que « meilleure performance rap solo », bien que nominée auprès de nombreux rappeurs qui cartonnaient à ce moment. Lauryn Hill poursuit en remportant 5 Grammys dans les années 90, ce qui fait clairement passer le message que le rap féminin a sa place dans l’industrie. Missy Eliott fait elle aussi une entrée fracassante dans la catégorie rap, qu’elle  domine de manière évidente avec six disques de platine. Les choses se passaient bien pour les rappeuses, et elles ne faisaient que s’améliorer avec le temps. Certaines personnes se réfèrent à la fin des années 1990 et au début des années 2000 comme à une sorte d’âge d’or du rap féminin.  A vrai dire, la liste des exemples est assez fournie pour qu’une énumération ne lui rende pas justice…

➡️ Nicki Minaj, début de reprise ou phénomène isolé?

Pourtant, après cet âge d’or, les premiers succès du rap féminin n’ont pas vraiment connu de suite. Il y a évidemment eu quelques artistes féminines à succès, mais rare sont celles qui pouvaient remplir une scène ou vendre des millions de disques. Dès 2010, l’arrivée de Nicki Minaj a eu un impact fort. Qu’on l’apprécie ou non, elle a réussi à réintroduire le rap féminin dans les esprits. Ses mixtapes et albums sont des succès incontestables, et elle se voit propulsée sur la scène internationale comme représentante des femmes dans le rap. Entre 2010 et 2017, elle connaît très peu de compétition, elle est nommée dans plusieurs catégories au cours de différentes cérémonies et remporte la totalité des prix. Tout le monde ne jure que par Nicki, que ce soit le public ou même les artistes tels que Beyoncé, Jay Z, Kanye West, Eminem, Drake et d’autres…

Pendant un temps, Nicki s’est maintenue sur le trône en profitant de l‘incapacité des rappeuses à se renouveler. Elle n’est pas arrivée les mains vides, elle a créé un univers avec des personnages plus originaux les uns que les autres. Certains se plaignent de cette domination de la rappeuse du Queens, elle subit des critiques assez similaires à celles que Drake a pu se voir adresser. Pour les détracteurs de Nicki, il y a une confusion dans sa musique entre rap et pop qui lui donne un avantage injuste, mais la réalité est que les maisons de disques sont souvent frileuses à l’idée de signer des rappeuses. Rares sont les labels qui choisiront de s’investir entièrement pour soutenir la carrière d’une rappeuse, et cela contribue à isoler Nicki.

➡️ 2018, vers un nouvel âge d’or du rap féminin?

Cette année Nicki Minaj a encore créé la controverse en étant nominée lors de plusieurs cérémonies alors que le public considère que ses derniers projets n’étaient pas totalement rap. Mais cette fois, la rappeur est détrônée par son adversaire Remy Ma, qui remporte le titre de la meilleure artiste féminine rap de l’année. Cette victoire était méritée pour beaucoup, mais certains auraient préféré que les nouvelles rappeuses comme Cardi B ou Young Ma l’emportent. Ces débats sont autant d’indices du fait que les rappeuses féminines reviennent sur le devant de la scène et que désormais, il se sera plus question de règne incontestable d’une seule d’entre elles.

5️⃣ Siya, du talent mais une carrière encore trop instable

Siya est signée sur le label du chanteur R&B Tank depuis 2012, elle a également participé à une émission de téléréalité appelée Sisterhood of Hip-Hop qui a connu un franc succès aux Etats-Unis. Elle a collaboré avec de nombreux artistes tels que Chris Brown, Kirko Bangs, Sage the Gemini, Wyclef Jean, Fat Joe ou encore Fabolous. J’ai fortement hésité à l’intégrer au sein du classement, car elle trop instable pour le moment au niveau de sa carrière. J’avais vraiment attendu son projet SIYAVSSIYA qui m’a légèrement déçu, malgré tout Siya ne manque pas de talent et elle est très bien entourée…

4️⃣ Kodie Shane, la nouvelle star du mumble rap

C’est une artiste émergente de l’équipe de Lil Yatchy « The Sailing Team » d’Atlanta, et bien que je ne sois pas fan de ce rappeur, elle a tout de même retenu mon attention. Elle est aussi jeune que son mentor, âgée de seulement 18 ans elle attire déjà l’attention de la scène rap. Son style est un peu similaire à celui de Yatchy, avec une forte utilisation de l’autotune et combinant le chant et le rap avec de très bonnes rythmiques. A vrai dire, Kodie est une humble rappeuse à part entière, elle semble avoir un message clair à faire passer et a trouvé une esthétique pour l’étrayer. C’est avec son premier EP Little Rocket sorti en 2016 qu’elle s’est mis sous le feu des projecteurs, elle a par la suite révélé album Zero Gravity avec comme premier single son morceau Sad en featuring avec Lil Yatchy qui a atteint plus de 7 millions de vues sur youtube, un bon début.

3️⃣ Kamaiyah, une touche de californie dans le rap féminin

Kamaiyah est une rappeuse de la côte ouest qui ramène le style californien dans le hip-hop féminin. La plupart se souviendront de son refrain dans Why You Always Hatin de YG et Drake, ou encore de son apparition dans la liste XXL Freshmen de l’année 2016. Auparavant je n’avais jamais  entendu parler d’elle, mais dès la première écoute de son projet, on reconnaît qu’elle est originaire de la baie grâce aux différentes sonorités qu’elle utilise. Elle m’a impressionnée par son énergie, mais également grâce à la composition de ses morceaux très narratifs. Sa première mixtape A Good Night in the Ghetto a été très bien reçue par le public grâce à son côté naturel et à l’énergie dégagé. Son deuxième projet Before I Wake a également connu un franc succès grâce à son style accessible et sa façon banale de nous éloigner d’un monde violent et injuste. Elle canalise à travers ce projet ses années de déception, une sorte de thérapie, bien qu’au final elle apprend que le succès n’efface pas la dépression. Elle met en avant ses motivations et son envie de victoire sur la vie.

2️⃣ Cardi B, phénomène médiatique et rappeuse en construction

Contrairement à ce que tout le monde croit, Cardi B ne s’est pas fait connaître grâce au pole dance, mais plutôt grâce à Instagram, ce qui lui a permis par la suite d’intégrer la télé réalité à succès Love & Hip-Hop New-York. Son impact était aussi fort que sur ses réseaux sociaux, un buzz se créait autour d’elle sans que personne ne prenne réellement au sérieux sa motivation de faire du rap. Cardi est une jeune femme de 24 ans originaire du Bronx à New-York, qui a réussi à se bâtir une renommée dans la musique grâce à sa première mixtape Gangsta Bitch Music vol. 1, qui a connu un succès incroyable. Si ce succès avait déjà mis la puce à l’oreille des maisons de disques, c’est grâce à Bodak Yellow que Cardi B se propulse sur la scène internationale. On est tous dans l’attente de son premier album chez Atlantic Records, sa nouvelle écurie. Entre temps, elle nous a fourni des couplets de qualité dans tous les morceaux où elle est invitée.

1️⃣ Young M.A, une nouvelle illustration de la féminité

Après avoir connu un franc succès avec son titre OOOUUU, Young M.A n’a cessé de faire parler d’elle. Cette jeune rappeuse tout droit issue de la scène New-Yorkaise est importante dans son style et apporte un renouveau au rap féminin. En effet, on n’a pas l’habitude d’avoir cette vision d’une femme dans le rap, elle est à l’antipode de l’hyper-sexualisation habituelle et joue même un rôle très masculin, avec tout de même une vision féminine des choses. C’est une artiste qui respire le contrôle dans son flow et dans la manière dont elle s’imprègne des beats. Très discrète et timide, le rap nous montre son vécu et sa vision de la vie, où elle aborde différentes thématiques avec brio. Son premier EP nommé Herstory retrace un peu ce parcours et on sent qu’elle a des choses à dire à sa manière, ce qu’elle fait parfaitement. Je n’ai pas été déçue du projet, et pense sincèrement qu’elle peut apporter beaucoup au rap aujourd’hui. Bien que court, son EP en dit long sur la femme qu’elle est, malgré tout le manque de featurings ne lui permet pas de sortir de sa zone de confort pour le moment.  Ses fans vivent dans l’attente d’un album qui, je l’espère, connaitra un impact plus grand.

Les femmes dans le rap sont bien présentes et déterminées à prendre d’avantage de place que ce qu’on leur accorde aujourd’hui. Enfin, ce renouveau s’accompagne d’un renouveau de la compétition entre femmes, car l’animosité peut te pousser au meilleur comme au pire dans la musique. J’aimerais cependant voir beaucoup plus de collaboration entre rappeuses, plus spontanées que Motosport. Des rumeurs prédissent qu’une collaboration entre Nicki Minaj et Trina aura bientôt lieu, aussi je pense que 2018 nous réserve quelques surprises.

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