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Le MaMA Festival & Convention est avec le Midem l’un des rendez-vous incontournables des professionnels français de la musique. C’est également un évènement qui mobilise chaque année les salles de concert du nord de la capitale autour d’une programmation éclectique ouverte à une gamme étendue de genres et d’artistes. Cette année, plus de 120 dates ont ainsi pris place dans huit emplacements des quartiers de Montmartre et Pigalle : La Cigale, La Boule Noire, Les Folie’s Pigalle, Les Trois Baudets, Le Bus Palladium, Le Backstage By The Mill, Le Carmen et La Machine du Moulin Rouge. En journée, pas moins de 150 conférences et ateliers se sont enchaînés en continu à l’Elysée Montmartre, au Trianon (où se tient également le MaMA Invent, espace consacré à l’innovation organisé en collaboration avec l’IRMA), à la chapelle du Lycée J. Decour et au FGO-Barbara.

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Pour beaucoup de professionnels de la musique, l’Afrique apparait comme un nouvel Eldorado du fait de ses perspectives démographiques et du potentiel artistique dont elle recèle. Afin d’aborder le sujet sous toutes ces facettes, cette table ronde réunissait le président du portail web camerounais Bimstr Anicet Nemani, la fondatrice de la plateforme d’incubation Digital Lab Africa, Alizée Dallemagne et la fondatrice de la plateforme de streaming panafricaine Deedo, Awa Girard. De la place des diasporas à l’étranger et notamment en France dans les évolutions qui promettent de porter le continent vers de nouveaux horizons à l’écosystème d’accompagnement des industries culturelles, une large palette de sujets sont abordés pour offrir une vision aussi complète que possible des industries musicales africaine. L’information et la formation des acteurs locaux à la thématique des nouvelles technologies sont au premier plan des conditions de leur développement.

Dans une Convention globalement centrée sur les musiques électroniques et peu loquace sur le sujet pourtant de plus en plus visible des musiques urbaines, ce panel de professionnels du secteur faisait figure de perle rare. Parmi ces derniers, le directeur marketing de Believe Digital, Henri Jamet, la juriste et agent de Booba et Orelsan Anne Cibron, la fondatrice de DMG Clearances Deborah Mannis-Gardner et le fondateur d’iDéart Agency Ibrahima Diallo. Malgré l’absence regrettable de Laurent Bouneau, dont on connait l’influence sur l’évolution de le rap français au fil des années, les intervenants se sont rapidement saisis de sujets clés tels que la définition des musiques urbaines et le rôle de l’indépendance dans leur développement. Les interventions de Deborah Mannis-Gardner au sujet de son travail en matière d’autorisation de droits musicaux auprès d’artistes rap internationaux comme Drake et Lil Wayne ne peuvent que laisser les amateurs rêveurs…

L’une des présentations d’ouverture de la Convention s’est aussi avérée en être l’une des plus passionnantes. Le panel d’intervenants rassemblait Fabrice Jallet, responsable du pôle Musique & Innovation du Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (IRMA), Zoé Sfez, animatrice aux côtés de Frédéric Martel de l’émission Soft Power sur France Culture (dédiée aux industries créatives et à l’innovation), et Marie Georgescu de Hillerin, ingénieur du son chez Black Cat Studios, enseignante en mathématiques à l’ESTACA et chargée de la rubrique audio du portail Les Numériques. Cette dernière a notamment dressé un panorama très riche des nouvelles solutions en matière d’ingénierie du son, des studios automatisés aux instruments intelligents en passant par le contenu audio immersif. Au programme également, les sujets du live augmenté, de la réalité virtuelle, du streaming et des assistants vocaux.

On retrouve Hichem Bonnefoi, mieux connu sous le nom de Tefa, parmi les intervenants phares du masterclass de la Société civile des producteurs de phonogrammes en France (SPPF). A ses côtés, le directeur de Believe Digital Romain Vivien, mais aussi la journaliste et fondatrice de la société Influences Music Juliette Fievet, le fondateur de Because Music Emmanuel de Buretel et Clarisse Arnou. « Aujourd’hui, nous sommes en 2018, la musique urbaine représente 70% du marché, et nous ne sommes toujours pas représentés à la SACEM. » Pour un producteur indépendant, la question se pose du coût du développement d’artiste, mais aussi des irrégularités dans la collecte des droits. En dehors des sujets abordés explicitement, ce panel de professionnels permet également de prendre conscience de la diversité des profils et des pratiques du secteur ainsi que de la nécessité dans certaines situations de regroupement.

Cette table ronde s’est fixé l’objectif ambitieux de livrer une analyse croisée de l’évolution des secteurs de l’audiovisuel, de la musique et des jeux vidéos face aux défis du numérique. Elle réunissait Alain Benguigui, réalisateur chez Sombrero Films, Emily Gonneau, auteure de L’artiste, le numérique et la musique, chargée d’enseignement à la Sorbonne et fondatrice de l’agence de stratégie digitale Nüagency et Nabil Laredj, directeur du licensing de la plateforme de streaming de jeux vidéos Blacknut. Parmi les points les plus intéressants soulevés par les intervenants, les revenus introduits dans le domaine du cinéma par la chronologie des médias, la rupture introduite par les plateformes de streaming et ses effets sur la production indépendante. Dans le domaine des jeux vidéos, le cloud gaming pose de nouveau enjeux, notamment en matière de coûts, mais promet des évolutions similaires à celles survenues dans la musique.

Focus sur les Prix La Nouvelle Onde, décernés par l’association éponyme créée cette année par Emily Gonneau pour mettre en valeur les nouveaux talents du business de la musique. Les candidats triés selon quatre types de profils (Je choisis tout, J’innove, J’explore et Je gère) ont été rapprochés de mentors (Sarah Battegay, Fabrice Jallet, Marine de Bruyn et Marie-Anne Robert) et sélectionnés par un jury composé d’Emily Gonnet, Marie-José Sallaber, Gilles Castagnac, Rozenn le Ridou, Yaël Chiara, Ibrahima Diallo, Daniel Findikian et Michel Bosseau. A saluer, l’ouverture du prix à l’urbain grâce à la présence de quelques acteurs du domaine parmi les jurés, qui a débouché en particulier sur la nomination de Ouafa Mameche (chef de projet chez Din Records, directrice des éditions Faces Cachées et chroniqueuse pour l’ABCDR du Son et OKLM). A noter également la nomination de Dorian Perron, co-fondateur de la plateforme de Groover qui sera l’un des premiers acteurs à inaugurer la catégorie Tech d’Hip-Hop Reverse !

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Jeudi 18 en fin de soirée, nous avons retrouvé la belge Blu Samu au Backstage By The Mill dans le cadre de la série d’évènements Salut Voisins ! organisée par Belgium Booms (organisation chargée de la promotion d’artistes belges à l’international née de la collaboration entre le Flanders Art Intitute et l’agence publique Wallonie-Bruxelles Musiques) et music:LX (bureau des exports de la musique luxembourgeoise soutenu par le Ministère de la Culture et la SACEM Luxembourg). L’artiste âgée de 23 ans a offert une prestation à la fois énergique et intimiste, une véritable plongée dans son univers au croisement du rap et de la soul. Rapidement, le public s’est retrouvé plongé dans cette ambiance hypnotisante, ambiance qu’on retrouve d’ailleurs dans son dernier clip en date Goom produit par GTZ et mis en images par Andjani Gatzweiler & Ivarr Jacobsen. Une découverts à côté de laquelle il ne faudrait surtout pas passer !

Deuxième rendez-vous incontournable de la semaine, le showcase Shake It ! #1 organisé vendredi 19 au Backstage By The Mill par les sociétés de production Ginger Sounds, DuNose et Zutique Productions. Cette fois, le line-up est centré sur des jeunes artistes innovants dans leur démarche artistique et dans les sonorités qu’ils développent. Quoi de plus logique pour trois entités qui se sont fixées l’ambitieux objectif de « revaloriser les notions d’indépendance, de diversité et une conception artisanale et pérenne de la production musicale » ? Au menu, des performances d’Estère, Maya Kamaty, Blinky Bill, Bobun Fever et surtout de Dope Saint Jude. La rappeuse originaire de Cape Town (Afrique du Sud) a achevé d’enflammer une foule déjà bien chauffée par le passage des autres artistes. Un phénomène dont le dernier clip Grrrl Like mélange habilement sonorités minimalistes et flow chantonné…

Pour mettre en valeur son partenariat avec le MaMA Festival & Convention, la Société Civile des Producteurs Phonographiques (SCPP) a réquisitionné le Bus Palladium pour trois soirées consacrées à des artistes prometteurs ou en développement. Vendredi, c’est KPoint qui a fait un passage vers 22h30 entre Natalia Doco et La Cafetera Roja. Comme a son habitude, le rappeur à la guitare a su séduire la foule grâce à des mélodies bien senties et maîtrisées. Signé sur Rec. 118, le pôle urbain du label Parlophone France (Warner Music France), KPoint a parcouru un long chemin depuis ses débuts à Ris-Orangis (Essonne) avec notamment la sortie il y a un an de son projet Trap’N’Roll, une petite bombe d’originalité qui a reçu un accueil critique formidable. Depuis, le succès de sa collaboration avec Ninho sur Ma 6t a craqué lui a permis d’obtenir le premier single d’or de sa carrière !

Encore et toujours vendredi soir s’est tenu l’un des évènements majeurs du MaMA, la Play Two Night. Une manière de découvrir sous un nouvel angle l’une des nouvelles écuries incontournables du rap français (MC Solaar, Maître Gims, Jok’Air, Cinco et la Zdrid Family, sans compter le booking d’artistes comme Aya Nakamura et Zamdane). Play Two se définit comme une structure pluridisciplinaire, à la fois label et boîte de production, fondée par les créateurs de Play On, Sébastien Duclos et Julien Godin. Le mot d’ordre de la maison, c’est l’accompagnement personnalité à 360 degrés, une stratégie qui se ressent dans la programmation de la soirée : Madame Monsieur, Smarty, Eagle-Eye Cherry, Després mais aussi et surtout Jok’Air et Zamdane qui se sont démarqués par la fraicheur et l’énergie de leurs prestations scéniques. Une performance forte qui n’a pas manqué de provoquer l’enthousiasme du public.

Le dernier mais pas le moindre, le label AllPoint a célébré son premier anniversaire à La Cigale vendredi 19 ! Pour l’occasion, l’ex-Believe Recordings a décidé de mettre le paquet en réunissant sur scène Hein CooperNili HadidaGaël Faye et bien sûr Oxmo Puccino, son DJ Mr Viktor et le parisien S.Pri Noir. Résultat, des prestations très solides d’Oxmo et d’SP.Pri, dont le dernier album Masque Banc s’avère être un réservoir inépuisable sur scène ! Une excellente façon de clore ces trois journées consacrées à la musique et à son économie, mais aussi de réaliser l’énorme travail accompli par les équipes d’AllPoint en l’espace d’une année. Depuis son annonce, le label a rapidement accueilli en son sein des artistes comme Aladin 135, AM La Scampia, Azuul Smith, H Magnum, Elams, Landy, Jul, Naps, Oxmo Puccino, S.Pri Noir, Youssoupha, Seth Gueko, Veazy du Ghetto Phénomène, Sniper, Sneazzy ou encore Leck. Une brochette impressionnantes de talents confirmés ou en développement qui fait d’AllPoints un acteur majeur de l’urbain français.

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