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Des Rap Contenders à la sortie de son premier EP Alph Lauren sorti en 2014, le rappeur parisien pose les bases de ce qui deviendra dans Une main lave l’autre un un univers cohérent et très bien amené. Dès le premier extrait intitulé Stupéfiant et noir, les bases sont posées : « Très peu probable que je tape un platine, faut que j’fasse un classique ». De ce fait, légion sont les chroniques et autres analyses du projet qui cherchent à déterminer (ce qui est très sûrement légitime) si Une main lave l’autre est le classique tant attendu de la carrière d’Alpha Wann. Vous l’aurez bien compris, ce ne sera pas le cas ici. La question pour nous sera de savoir pourquoi et comment l’artiste, à travers sa musique, arrive à exprimer autant sans jamais vraiment dire grand chose.

Alpha Wann, quand la passion devient musique

➡ Alpha Wann développe une technique sûre et un verbe est tranchant sur un album sans concessions

Tout au long de l’album, énormément d’éléments s’entremêlent et plusieurs en ressortent en définitive. Lors des premières écoutes un sentiment est clair : la finesse et la technique d’Alpha Wann sont frappantes, chaque rime est calculée, ses flows sont en parfaite symbiose avec les instrus. Son acharnement pour être le meilleur revient souvent dans l’album : « J’ai gambergé sur le texte et j’suis dev’nu l’best quand j’ai mangé le fruit d’ma réflexion » disait-il dans Cascade (Remix). Ce désir de devenir le numéro un a taillé un personnage particulier qu’on retrouve surtout lors de la première partie de l’album. Alpha Wann bombe le torse, très sûr de son style, de ses textes et de sa technique : « Ils ont flingué Christopher Wallace à Cali’ / En tant qu’rappeur incroyable, j’suis pas en sécurité là-bas ». Tellement sûr qu’il refuse de dévaloriser la qualité de sa musique en la partageant à n’importe qui pour ne pas « gaspiller l’euf ». Le concept est simple : si ce n’est pas un gars de son équipe ou un rappeur qui lui est proche, impossible de profiter de ses talents. Cette recherche de la perfection se témoigne par les évictions d’un couplet de Nekfeu et d’un morceau avec Joke dans l’album.

Même si cela doit lui coûter quelques milliers (voire millions) de streams, Alpha Wann ne servira que le meilleur à son public. « Je ne fais pas l’rap qui se chante sous la douche ». Alpha ne se dirige pas vers la radio, il produit un rap de niche et il est complètement à l’aise avec ça. Il tourne cette situation en dérision dans le refrain de Cascade (Remix) avec la ligne « Encore un son qui passera pas sur Sky’ (et alors ?) »  Au fur et à mesure des écoutes, le projet dévoile une autre facette. On finit par se questionner sur le fameux adage « une main lave l’autre » qui fait office de titreCe proverbe grec cherche simplement à montrer que pour avancer  dans la vie, l’entraide est primordiale. Un précepte en total accord avec la philosophie des membres de L’Entourage, qui avancent ensemble continuellement.

Mais tout l’monde, dès qu’il a un peu d’argent, il la place. Il la met sur son compte ou la met sous son matelas. Pour les temps durs. Alors que si la vie s’rait facile ? Mais les gens dépenseraient, les gens s’amuseraient, au quotidien, mon frère. Et l’argent circulerait. Puisqu’une main lave l’autre, mon frère. Et oui, moi, on me donne, je donne, tu comprends c’que j’veux dire ? Effectivement, si on me donne rien, je vais rien donner.

Sans trop forcer le trait, Alpha Wann fait comprendre à travers cet adage et l’ensemble des discours du vieil homme tenus tout au long du disque, qu’il répudie la société telle qu’elle se présente à lui. Il donne sa modeste vision du monde idéal et pointe du doigt ce que sont pour lui les maux de la société dans laquelle il évolue. Au centre de tous ses problèmes, l’individualisme et l’égocentrisme règnent en maître. Mais Phaal est lucide et ne veut pas prendre le rôle du moralisateur « Tout est dans l’paraître, parce que l’homme juge à l’apparence / Faut être paré, surtout à Paris, ouais, j’dis ça mais j’suis pareil ». La réalité finit toujours par le rattraper petit à petit Alpha Wann nous en dit plus sur lui même et on découvre des personnages de son quotidien comme dans le morceau Olive & Tom.

➡ Derrière cette technique de façade, Alpha Wann distille une pudique introspection

Après avoir décortiqué le thème central de l’album, un nouvel aspect que l’on négligeait forcément aux premières écoutes fait surface : l’introspection. Il aura fallu à Alpha Wann seulement trois morceaux pour se dévoiler. Le coté « sûr de lui » du rappeur se dissout dans les titres Pour cellesFugees, et le morceau Une main lave l’autre. En effet il se voit en quelque sorte comme une déception pour son père : « Le daron pense qu’il aurait pas dû venir ici / Fils aîné lyriciste, menteur, voleur, consommateur d’illicite / Ma vie est flinguée, c’est moi le tireur, quelle honte ». Il pense également ne pas être un exemple pour ses frères « J’ai des p’tits reufs, faut que je m’écarte du mauvais chemin et qu’Dieu les garde, ouais ». Alpha Wann se présente finalement comme un être empli de regrets et semble être trop pudique pour le partager trop directement au public. Phaal ne dit rien parce que la démonstration technique déroulée tout au long de l’album prend le dessus et ne permet pas de véhiculer des sentiments ou d’exposer des faits, il dit pourtant énormément une fois que l’auditeur a fini d’être impressionné, et qu’il porte son attention derrière le rideau de ce spectacle flamboyant.

Les premières réactions de l’album sont unanimes et les discussions tournent forcément autour du flow et de la technique du rappeur.  Alpha Wann signale à de nombreuses reprises à l’auditeur qu’il est sûr de lui à tel point qu’à force de réécouter c’est l’inverse qu’on entend. UMLA est un album qui vit à travers un certains nombre d’écoute on pourrait même assurer qu’avec un nombre d’écoutes supplémentaires d’autres éléments s’ouvriraient. UMLA est un album qui aura une longévité certaine si on ajoute à ça que certaines de ses phases sont déjà cultes et qu’on prend en compte les continuelles leçons de rap distillées ici et là dans le projet on se dit que le statut de classique pourrait peut-être coller un jour pour cet album

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