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Il y a quelques jours, Rohff annonçait sur ses réseaux sociaux que Surnaturel, son neuvième album studio, verrait le jour d’ici la fin de l’année, qu’il en avait bouclé la tracklist et qu’il l’avait envoyé à son ingénieur du son. Mieux, le rappeur a Vitry a dévoilé les objectifs qu’il s’était fixé au cours de la conception du projet…  « L’expérience s’invente pas : faire le taff, toujours kicker, performer comme personne, multiplier les techniques et varier les flows, jouer de sa voix comme d’un instrument, écrire métaphore sur métaphore, transcender la langue de Molière avec philosophie sans Bac Littéraire, enregistrer des classiques et des hits pour en faire un album à part, prendre des risques et gérer une tracklist pour tout le monde, essayer de faire aussi bien -voire mieux- que La vie avant la mort, La fierté des nôtres, Au-delà de les limites, Le code de l’horreur, La cuenta, Regretté, Testament et Dounia, porter des générations en musique, se mettre la barre haute encore et encore, écouter les exigences de ses fans, répondre à leurs attentes tout en se renouvelant et imposant sa touche… » Un programme alléchant s’il en est, d’autant que depuis La Cuenta en 2010, le rappeur n’a sorti que deux albums en tout et pour tout : un P.D.R.G. pas inintéressant sur le plan de la recherche musicale mais finalement perfectible et un Rohff Game efficace mais pas assez ambitieux (un rendu qui s’explique par le fait que le projet était initialement une mixtape destinée à faire patienter le public). Cette fois, plusieurs ingrédients incitent à la confiance, notamment quatre années de travail, des collaborations avec Niro, Kery James, Soprano et -peut-être- Kaaris, et les quatre extraits qui à l’exception de Dans le vrai s’avèrent plutôt efficaces, voire carrément explosifs dans le cas de Broly. Pour autant, aucun de ces quatre singles n’a vraiment été en mesure de convaincre les auditeurs du retour en bonne et due forme de celui qui a survolé l’intégralité des années 2000 sur un petit nuage. En attendant d’en savoir plus sur le projet, nous avons donc imaginé trois scénarios de sortie qui permettraient à Rohff d’exhiber une fois de plus à la face du monde l’ampleur de ses capacités…

➡ Scénario 1 : la première étape d’une nouvelle jeunesse musicale et commerciale du rappeur

Rohff a travaillé pendant quatre ans à rattraper le retard musical qu’il a accumulé depuis La Cuenta. A l’instar de Rim’K, autrefois son homologue au sein de la Mafia K’1 Fry, le rappeur parvient à mettre à jour sa technique sans perdre pour autant les acquis d’une carrière longue de plus de deux décennies. Entre les influences West Coast de ses débuts, le cloud rap qu’il a réussi à assimiler et une bonne dose de kickage, il réussit à proposer un projet très novateur et remet au goût du jour le fameux talkbox. Mieux, il assimile parfaitement les possibilités que le streaming offre aux artistes en termes de construction de projets et échelonne la sortie de Surnaturel sur une semaine entière, un peu à la façon de Denzel Curry sur TA 1300, tout en lui adjoignant des réalisations vidéo destinées à compléter l’immersion de l’auditeur. On retrouve sur l’album des compositions de Guilty de Katrina Squad, mais aussi d’H8MRKZ, Bersa et VM the don, un ensemble à première vue hétéroclite mais qui s’imbrique finalement à perfection et qui donne un éclairage particulier aux couplets du rappeur. Du côté des featurings, Rohff réussit à intégrer des refrains chantés de Soprano et Kayna Samet sans sombrer dans les travers des singles des années 2000, une performance qu’il convient de saluer comme il se doit. Après une première semaine hésitante à 18.000 ventes fusionnées dont 8.000 en physique, le bouche à oreille et la réception critique unanimement enthousiaste de l’album prolongent son exploitation ; il décrochera finalement le double disque de platine un an après sa sortie.

➡ Scénario 2 : un projet calibré pour plaire au public de Rohff et une exploitation en conséquence

Conscient d’une légère baisse de son audience, Rohff décidé de faire de cette faiblesse une force en restreignant la cible de Surnaturel à son fameux public. Loin du fan-service, le rappeur livre à l’image de Rohff Game un album efficace en tous points, avec notamment des collaborations puissantes avec Kery James, Niro et un Kaaris plus hardcore que jamais, sans doute en partie à cause de la montée en pression de son opposition avec Booba depuis la rixe du 1e août. Surprise, Soprano qui s’est tourné vers le chant se remet à kicker comme il savait si bien le faire à l’époque des Psy4, et autant dire qu’il n’a rien perdu de son souffle et de son mordant. A la production on retrouve Bersa, Art Aknid et Aelpéacha, avec qui il s’est connecté par le biais de Driver. On se retrouve finalement avec un projet solide d’une vingtaine de titres, qui tire finalement sa force de son côté intemporel. Rohff a fini par comprendre qu’il ne serait jamais meilleur qu’en faisant ce dans quoi il a toujours excellé, peu importe les tendances du moment. Pour la commercialisation, il s’inspire de Roc Marciano et sort l’album en téléchargement uniquement au prix de 30 euros. Il compense largement la baisse des ventes qui en résulte grâce à une augmentation significative de sa marge. Après une première semaine à 10.000 ventes, il finit par décrocher le disque d’or après neuf mois d’exploitation et sort une édition limitée de Surnaturel en vinyle pour l’occasion.

Et si Rohff sortait gagnant de son combat avec le streaming ?

➡ Scénario 3 : marketing de proximité et format physique, les vieilles recettes fonctionnent toujours

Incertain quant à la suite de sa carrière, le rappeur souhaite établir une relation privilégiés avec son public à l’occasion de la sortie de Surnaturel, potentiellement son dernier album même s’il n’exclut pas de sortir des morceaux inédits de temps en temps. Pour ce faire, il presse 30.000 exemplaires de l’album et met en place une tournée de plusieurs mois au cours de laquelle il les écoulera. Des MJC aux plus grosses salles de concert de France (notamment le Zénith Strasbourg Europe, le Palais des Sports de Lyon et le Zénith d’Amiens Métropole), le rappeur ne néglige aucun recoin du territoire, un peu dans l’esprit du Brikrav Tour de Juicy P et des tournées du Ghetto Fabulous Gang. Six mois après la sortie de l’album, il le met finalement en ligne sur les plateformes de streaming. Boosté par les performances scéniques mémorables de RohffSurnaturel finit par atteindre le disque d’or un peu plus d’un an après sa sortie. Côté musique, le rappeur sort 16 titres assez diversifiés, de la trap assez basique de Dans le vrai aux singles chantonnés en passant par deux morceaux assez sombres en compagnie de Kery James et Niro. Conçu pour la scène, le projet s’avère être une réussite puisqu’il offre au public un éventail des différentes facettes de l’univers du rappeur. En revanche, il s’avère plus hermétique à ceux qui n’ont pas assisté à la tournée, et la critique n’est pas enthousiasmée par Surnaturel. Le bilan s’avère pourtant positif pour Rohff, à la fois financièrement, musicalement et surtout en termes de proximité avec son public, ce qui augmente d’ailleurs considérablement sa portée sur les réseaux sociaux.

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