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Longtemps restés inaccessibles ou difficiles à atteindre pour le public, les chiffres de ventes des rappeurs sont rendus disponibles depuis quelques années par certains sites et au travers des réseaux sociaux. Sujets de moqueries quand l’industrie de la musique enregistrée traversait la plus importante période à vide de son histoire, ces chiffres sont devenus depuis la prise en compte du streaming dans les ventes par le Syndicat national de l’édition phonographique l’objet de rumeurs plus ou moins fondées sur les achats de streams. Au-delà de leur réception, ces chiffres sont des indicateurs intéressants pour l’auditeur qui souhaite se faire une idée sur la portée et l’engagement du public d’un artiste ou plus généralement sur l’influence que peuvent avoir certains facteurs commerciaux. Il est cependant primordial de rappeler que la compétition dans la musique se situe sur un plan artistique et non commercial, et que si les chiffres ne sont pas dénués d’intérêt ils ne sont ni des indicateurs de qualité, ni une responsabilité de l’artiste à l’égard du public.

Dans un premier temps, il est essentiel d’observer le chiffre de ventes fusionnées en première semaine au regard de l’importance donnée au projet par l’artiste et au regard du succès de ses précédents projets. Dans le cas de Ninho, la mixtape MILS 2.0 s’est écoulée à 33.916 exemplaires en première semaine, soit moins de l’album Comme prévu écouté à 47.155 exemplaires, mais bien plus que son premier succès MILS et ses 7.957 exemplaires. Entre MILS et Comme Prévu, le statut et l’audience du rappeur ont changé du tout au tout, ce qui explique l’écart commercial radical entre les deux projets. Depuis, on ne peut pas dire que l’exposition de Ninho ait diminuée puisque l’artiste a réussi à s’imposer comme l’invité incontournable de tout projet à succès… En revanche, contrairement à l’album Comme Prévu qui était un projet majeur pour Ninho dont l’arrivée était très attendue du public, MILS 2.0 ressemble plus à un clin d’oeil du rappeur qui l’a annoncé le 28 mars, lors de son passage au Zénith et au début du clip de Coffrer, alors qu’il sortait le 30

L’autre indicateur essentiel en première semaine, c’est le détail des ventes qui donne la proportion dans le total des ventes physiques, du téléchargement sur les plateformes légales et des équivalents streaming. Au premier semestre 2017, la moyenne établie par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP) pour les musiques urbaines était de 73% pour le streaming, 5% pour le téléchargement et 22% pour le physique. On constate ici que la proportion du streaming dans les ventes de MILS 2.0 est plus élevée que la moyenne, ce qui est révélateur d’un certain nombre de choses. Dans un premier temps, la proportion de streaming et de ventes physiques est un indicateur de la tranche d’âge majoritaire du public. Une statistique réalisée par la Fédération internationale de l’industrie phonographique dans son bilan de fin d’année 2017 indique ainsi que 85% des jeunes de 13-15 ans utilisent un service de streaming pour accéder à la musique. On aura donc tendance à considérer que plus le public est jeune, plus la proportion de streaming dans les ventes fusionnées sera importante, et vice versa. Ce déséquilibre est aussi révélateur de l’implication du public et de son engament, une caractéristique essentielle pour l’artiste qui lui servira à construire son exploitation et notamment à estimer sa capacité de mobilisation en concert. A noter que pour MILS 2.0, le taux a également été baissé par le format mixtape et par la rapidité du délai entre l’annonce de la sortie et la sortie du projet.

Les certifications permettent d’observer la tenue sur la durée des ventes de l’artiste. Ce n’est pas tant l’obtention d’une certification pour l’album qui est parlante aujourd’hui que la durée de cette obtention. Plus elle est courte, plus le succès de l’artiste est grand, et ce d’autant plus pour des certifications comme le double disque de platine ou triple disque de platine qui s’obtiennent sur la durée pour la plupart des artistes. C’est justement la durée d’exploitation qui a été totalement modifiée par le streaming puisque contrairement à l’achat qui éteint l’exploitation, l’écoute apporte un volume constant suffisamment élevé pour accélérer les délais d’obtention de certifications. Les certifications de singles sont de bons compléments puisqu’elles permettent de cibler les morceaux les plus sollicités par le public, cependant elles ne doivent pas se voir accorder plus d’importances qu’elles n’en ont vraiment. L’achat de singles ayant pratiquement disparu des pratiques de consommation, ces certifications ont perdu une partie de leur signification et surtout sont devenues relativement faciles d’accès pour la plupart des artistes… La proportions de singles certifiés au sein d’un album et surtout le déséquilibre des certifications est en revanche un bon indicateur du succès d’un album et non d’un simple hit extrait de l’album. A noter d’ailleurs que le calcul des équivalents streaming d’un album par le SNEP privilégie les projets portés par au moins deux singles, et que plus les écoutes sont harmonieusement réparties, plus les ventes seront hautes.

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