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Depuis 24h déjà, le rappeur Nick Conrad fait la une de tous les médias nationaux français. Le propos de son clip P.L.B. a rapidement été condamné par le ministre de l’intérieur Gérard Colomb sur son compte Twitter, sans compter les multiples commentaires et actions d’hommes politiques (du sénateur vendéen Bruno Retailleau à la maire de Noisy-Le-Grand Brigitte Martigny en passant par la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse). Il ne s’agit pas ici d’affirmer la normalité de ce propos ou même de débattre de la véracité justifications avancées par l’intéressé. A première vue, le contenu textuel et visuel de P.L.B. et plus globalement l’ensemble de la production musicale de Nick Conrad justifient amplement que la justice s’en saisisse. En revanche, il semble plus délicat d’expliquer comment un artiste dont le nom était, il y a quelques jours encore, totalement inconnu des amateurs du genre et dont aucun clip ne dépassait les 5.000 vues s’est retrouvé projeté aussi rapidement tête de l’actualité la plus brûlante de l’hexagone. Cette polémique n’a rien d’anodin, il s’agit d’emblée de mettre sur le même plan négrophobie et « racisme anti-blanc » (sur fond de débat stérile sur l’existence de ce dernier, un débat qui ne porte en fait que sur la définition du terme racisme qui doit être systémique pour les uns alors qu’il peut être individuel pour les autres), alors même que le simple fait d’avoir à utiliser un artiste à l’audience aussi faible donne la preuve criante de l’absence d’exemples plus médiatisés là où les remarques ou allusions négrophobes et islamophobes parsèment l’actualité à tous les niveaux. Pour les identitaires de tout bord, le rap est devenu un vivier inépuisable de polémiques sur des sujets toujours plus ou moins similaires. Journalistes comme politiques semblent incapables de distinguer la production musicale professionnelle ou semi-professionnelle validée par l’approbation du public et la production musicale amateur, qui ne reflète finalement que l’état d’esprit et les orientations de ses auteurs. Outre ce premier palier d’incompréhension, un certain nombre d’entre eux restent désespérément imperméables aux différents degrés de perception d’un morceau et donc plus généralement aux codes des musiques urbaines. A l’heure où cette culture produit une bonne partie des titres les plus écoutés de l’hexagone semaine après semaine, il est plus que jamais indispensable que dirigeants et commentateurs en adoptent une vision neutre et objective. Le rap n’a pas vocation à servir d’alibi à vos agendas idéologiques nauséabonds, tenez-le vous pour dit…

2 Commentaires

  1. Quand on a un message à faire passer, la moindre des choses c’est d’être clair et explicite. Conrad sait parfaitement que les jeunes qui vont écouter PLB vont rigoler ou se dire que c’est du lourd pour jouer les chauds, et dès que l’occasion se présentera, le challenge sera de faire comme dans la chanson.
    Le problème, c’est qu’en opposant les exploités entre eux, Conrad se fait le complice des oppresseurs. Les mineurs, les ouvriers qui ont travaillé dans les hauts fourneaux et les usines infernales de la bourgeoisie n’ont pas profité de la colonisation ou de l’esclavage, c’étaient eux-même des esclaves qui ont survécu avec des salaires de misère… quand on ne les envoyait pas à la boucherie sur les champs de bataille !
    Les archives permettent d’identifier les coupables. Seulement c’est beaucoup plus dangereux et difficile de s’attaquer aux puissants que de se trouver une excuse facile pour dépouiller son voisin de palier que personne ne défendra !
    Si dans son clip, à la place du Blanc lambda, Conrad avait placé les promoteurs de la guerre en Lybie ou les dirigeants des groupes pétroliers ou de médias… ça aurait eu un plus de gueule !

    • Encore une fois, je ne me prononce pas sur la position de l’artiste mais sur la pertinence de donner une telle importance à quelqu’un qui n’a jamais dépassé le stade d’amateur inconnu

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